La croissance du marché de la musique enregistrée en France a sans surprise été endiguée par l’impact de la crise sur l’économie. Les coups d’arrêt portés par les restrictions à l’activité économique, avec la fermeture des commerces, des lieux publics et des enseignes et rayons dédiés à la musique, ont occasionné des baisses de revenus sur les segments des ventes physiques et des collectes de droits voisins. D’où la stabilité du secteur en 2020 avec 781 millions d’euros de revenus (+0,1%). Habituellement vecteur de croissance pour l’ensemble du marché, le streaming payant a été vecteur de résilience en continuant de créer de la valeur durant une crise qui a bousculé l’économie et les habitudes de consommation de la musique. Au point de franchir la barre des 50% des revenus du marché, de quoi alimenter l’optimisme des labels et des plateformes pour l’année 2021. 

2020 a été l’année de la bascule du marché vers le streaming payant qui représente plus de la moitié du chiffre d’affaires. La progression des indicateurs du streaming est l’information majeure des résultats du marché français de la musique enregistrée publiés par le SNEP. En hausse de 20,6% en 2020, les revenus de ce segment ont atteint 453,4 millions d’euros. 53% des revenus ont été générés par les abonnements premium, soit 8 points de plus en un an, pour un total de 351 millions d’euros (+23,6%). L’année 2020 s’est clôturée avec 8,7 millions d’abonnés aux offres payantes des plateformes de streaming qui en totalisent 12 millions en incluant les utilisateurs des abonnements « famille ». Le streaming financé par la publicité a connu une hausse de 20% pour 55 millions d’euros de recettes. La configuration du marché s’est totalement inversée en sept ans, avec une part de 69% pour le streaming l’an dernier contre 11% en 2013. Poursuivant une dynamique constante avec 85 milliards de streams en 2020 (+13,9 milliards), la barre symbolique des 100 milliards de streams devrait être franchie en 2021, et le streaming rapportera ainsi plus de 500 millions d’euros, dont plus de 400 millions d’euros générés par le streaming payant.

L’ACCÉLÉRATION DE LA CROISSANCE DU MARCHÉ INDISSOCIABLE DE LA COURBE DES ABONNEMENTS PAYANTS

Avec 19,4 millions d’abonnés aux plateformes toutes formules confondues (premium, familles, gratuits), le streaming continue de progresser dans les habitudes de consommation des français. Le marché de la musique enregistrée, revenu à son niveau de 2008 avec un chiffre d’affaires de 658,2 millions d’euros sur les segments du digital et du physique, représente cependant moins de 50% de son niveau de 2002 (1,43 milliard d’euros). L’accélération de la croissance est indissociable de la courbe des abonnements payants. L’enjeu majeur consiste à développer le streaming en tant un mode de consommation de masse de la musique. Le streaming payant a gagné 3,2 millions d’abonnés entre 2018 et 2020. Cependant, la croissance des abonnements premium en 2020 a été légèrement moins importante en 2020 (+1,5 millions) qu’en 2019 (+1,7 millions). « Le taux de pénétration du streaming par abonnement est encore à 13%, quand dans certains marchés on est au-delà de 20%, ce qui laisse entendre qu’on pourrait atteindre des niveaux supérieurs » concède Olivier Nusse, Président d’Universal Music France. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le taux de pénétration sera compris entre 27% et 30% en 2021, et il franchira la barre des 20% en Allemagne.

Les contingents d’abonnés gratuits de Deezer et Spotify constituent les principaux viviers de potentiels nouveaux abonnés premium, à condition pour ces plateformes de les convertir vers des offres payantes qui soient plus attractives et qualitatives en termes d’expérience d’écoute que les offres gratuites. En parallèle, le recrutement de nouveaux abonnés est indispensable. Des marges de progression subsistent notamment auprès des plus de 45 ans, qui représentent actuellement 26% des abonnés payants, alors qu’ils disposent d’un pouvoir d’achat supérieur aux autres tranches d’âge de consommateurs. Or pour l’heure, le déploiement d’une stratégie commune et efficiente les plateformes et labels leaders se fait encore attendre pour promouvoir le streaming en France. Les plateformes de streaming considèrent que les majors se doivent de participer à certaines dépenses marketing pour populariser l’usage et cibler certains types de consommateurs.

DES PARTENARIATS ENTRE LABELS ET PLATEFORMES POUR LA PROMOTION DU STREAMING

Les partenariats entre les labels et les plateformes noués à l’occasion de sorties d’albums majeures marquent un début prometteur, mais restent exceptionnels. En mars, Amazon Music et Capitol (Universal) ont noué un partenariat pour la promotion de l’album de Booba dans des zones très fréquentées notamment à Paris, mais aussi à Times Square (New York). L’annonce de la sortie de l’album ‘Ultra’ a d’ailleurs été faite sur les comptes Facebook, Twitter et Instagram de l’artiste avec des publications redirigeant exclusivement vers Amazon Music et relayées plusieurs milliers de fois, réalisant un record d’écoute sur la plateforme. Deezer et Rec 118 (Warner) ont aussi mené deux campagnes de visibilité à Paris et Marseille pour l’album de SCH. Une diversité d’opérations dont la participation à la hausse des volumes de streams et à l’amélioration de la visibilité des plateformes en vue de recruter de nouveaux abonnés n’est pas négligeable.