Thierry Chassagne – Warner Music France : « Le marché de la musique doit poursuivre sa progression sur le streaming et se maintenir sur le physique »

Les trois majors peaufinent leur restructuration pour répondre aux exigences de l’évolution de la consommation de la musique, au besoin d’étoffer leurs services pour les artistes ou encore à la nécessité de défendre leurs parts de marché. Autant d’aspects au cœur de la stratégie de Warner Music France. Thierry Chassagne, son Président, en détaille les grands axes à CULTUREBIZ dans une interview. Le Président de la Société Civile des Producteurs Phonographiques (SCPP) en profite également pour s’exprimer sur plusieurs priorités de la filière musicale comme la pérennité de la croissance du marché ou encore l’exposition de la musique.

CULTUREBIZ : Quelle lecture faites-vous des résultats du marché de la musique enregistrée en 2017 et des premiers indicateurs de l’année 2018 ?

Thierry Chassagne : Nous avons retrouvé le chemin de la croissance pour la seconde année consécutive l’an dernier. Le point d’inflexion est arrivé. Le marché de la musique enregistrée poursuit sa mutation et se compose à parité des revenus tirés des ventes physiques et du numérique. 2017 a été une année de transition avec un certain nombre d’abonnés « bundle » qui sont passés en premium. Le parc d’abonnés a certes été plus faible que l’on espérait, mais sa valeur a augmenté, ce qui est important pour nous producteurs qui sommes payés sur cette base. Les indicateurs sont aussi positifs depuis le début de l’année, avec la progression des abonnements payants qui se poursuit mais aussi une forte augmentation constatée sur le streaming gratuit. La progression du marché se fait essentiellement sur l’augmentation des abonnés payants. Et ce sont les plateformes qui pilotent leur développement, ce sur quoi nous les producteurs sommes totalement dépendants. Les volumes d’écoute donnent lieu à une répartition sur la base du nombre d’abonnements. Ce qui veut dire que si le parc d’abonnés stagne, le chiffre d’affaires également, et c’est une différence avec le marché physique où quand un artiste vendait 300 000 albums, la maison de disques récupérait la valeur créée dans la foulée. Le marché français a besoin d’un parc de 8 à 10 millions d’abonnés payants. On n’en est encore loin puisque la France compte un peu plus de 4,5 millions d’abonnés payants, et environ 5,5 millions avec les abonnements « famille ». L’Allemagne est à 10 millions d’abonnés payants avec un taux de pénétration bien supérieur, alors qu’elle dispose également d’un marché physique très fort. Nous avons donc du chemin à faire.

Le marché français de la musique enregistrée a une structure hybride entre physique et streaming. La France a la spécificité d’un marché de cadeau très fort avec des CD, et maintenant des vinyles, très plébiscités en fin d’année. La pluralité de l’offre avec les plateformes de streaming et les points de vente est-elle la meilleure configuration pour que tous les acteurs et toutes les musiques trouvent leur modèle, et pour répondre à la demande de tous les types de consommateurs ?

Il y a maintenant une offre complète sur le marché de la musique enregistrée en France. Et nous devons être dans l’anticipation pour les deux à trois prochaines années sur le digital et, parallèlement à cela, nous maintenir sur un marché du physique encore très important. C’est sans doute le meilleur modèle parce que les deux marchés sont quelque peu complémentaires. Les consommateurs qui achètent des albums et des vinyles en magasins ne sont pas les mêmes que ceux qui écoutent de la musique en streaming. Il y a très certainement une part commune avec des consommateurs qui découvrent des albums via le streaming gratuit et qui achètent en physique, de même que des consommateurs sur le streaming payant qui achètent aussi des vinyles pour l’objet. La résistance du marché physique s’explique aussi par la force du réseau de distribution dont nous disposons en France avec 3 800 points de vente et on voit que les enseignes spécialisées (Fnac, Cultura…) continuent à ouvrir des magasins, ce qui est positif.  Nous devons donc faire cohabiter ces deux écosystèmes. Le marché de la musique enregistrée doit poursuivre sa progression sur le streaming payant tout en se maintenant sur le physique.

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