Le PRODISS mène l’offensive de la filière contre le marché noir de la billetterie en ligne

Partout où il y a de la valeur, il y a des voleurs. « Simple ». Les quelques 63 000 spectacles qui composent le paysage des spectacles en France avaient réuni plus de 26 millions de spectateurs en 2016, pour des recettes de billetteries estimées à 813 millions d’euros d’après les plus récentes statistiques du CNV. L’appétence des spectateurs, qui n’a cessé de croître vu la courbe de la fréquentation dans les salles de concerts et les festivals, attise forcément des convoitises. Certaines plateformes ont fait de la revente des places de concerts un véritable fonds de commerce. Lucratif. Mais abusif. En plus d’être illicite. « Basique ». 

Le secteur du live est confronté à une distorsion de marché similaire à celle rencontrée par l’industrie de la musique enregistrée avec le piratage depuis plus quinze ans. En parallèle des plateformes de billetterie en ligne, le marché noir s’est développé au fur et à mesure que la consommation en ligne des biens culturels s’est imposée dans les usages. Officiellement il n’y a qu’un marché officiel en France, celui de la vente de billets autorisée par les producteurs de spectacles. Mais sur d’autres marchés comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, ou les pays nordiques, il existe un « second marché », composé par des sites mettant en relation des particuliers souhaiter acheter et revendre des billets, appelées bourses d’échange. Il est à distinguer du « marché noir » de la billetterie en ligne qui tient son essence des plateformes de type Viagogo commercialisant elles-mêmes les billets. En France, le second marché n’est pas reconnu officiellement contrairement au Royaume-Uni. Il existe tout de même. Certaines plateformes revendiquent avoir des pratiques transparentes à l’instar de Ze Pass (Digitick / Vivendi), ou TicketSwap, plateforme néerlandaise opérant en France et dans une vingtaine de pays qui précise que le prix de revente des billets ne peut excéder leur valeur faciale. Néanmoins, ce « second marché » en plus de ne pas être reconnu en France s’inscrit aussi dans une économie informelle bien que toléré par les professionnels et les pouvoirs publics étant donné l’absence de poursuites. Ces plateformes sont assez transparentes, avec des mentions légales claires et les revendeurs y sont identifiés pour confirmer qu’il ne s’agit pas de revente habituelle. En revanche, la revente des billets sur une plateforme à l’image de Viagogo est illicite et abusive pour de multiples raisons. De prime abord, la plateforme présente son interface et s’apparente à un distributeur de billetterie et non à une bourse d’échange. Qui plus est, la revente des billets sur Viagogo s’effectue sans l’autorisation des producteurs et des diffuseurs. Et surtout, la plateforme a des pratiques commerciales entièrement opaques. 

Spéculation 

Les perspectives de création de valeur incommensurables offertes par le numérique à l’industrie du live sont autant d’opportunités pour les acteurs du marché noir de la billetterie. Dans l’optique de répondre à la demande constante pour les concerts des artistes les plus plébiscités sur la scène française et internationale, les plateformes illégales de reventes de billets seraient équipées pour acheter directement ou indirectement des lots de billets pour ensuite les proposer à la revente. Le procédé exact sur le marché français n’est pas connu, et il n’est pas évident d’affirmer avec certitude si les équipes de Viagogo achètent des contingents de billets auprès des distributeurs officiels pour ensuite les revendre pour leur compte ou bien si la plateforme est alimentée par des revendeurs officieux qui en ont fait une activité régulière. Dans les autres pays où le second marché est reconnu, il est cependant avéré que les plateformes comme Viagogo ou Stub Hub ont recours à des bots (programmes informatiques réalisant des tâches automatisées). C’est pour contrer ces pratiques qu’une loi, le « Better Online Tickets Sales Act » a été signée par Obama fin 2016. Ce qui est certain concernant le marché français, c’est que les billets revendus sur Viagogo le sont à des prix exorbitants et gonflés artificiellement à coup de frais non-justifiés. Par exemple, un billet en carré or pour le concert de Vianney prévu à l’AccorHotels Arena le 8 juin 2018 est vendu à 59 euros sur les plateformes légales. Or, le même billet en vente sur la plateforme Viagogo est au prix de 175 euros soit près de trois fois sa valeur faciale. Mais surtout, Viagogo applique un certain nombre de frais au moment de la transaction : des frais d’ « administration de 6 euros » et surtout « frais de réservations » et de la TVA pour un total de 58 euros, soit 33% du prix de vente sur la plateforme, et l’équivalent de la valeur faciale du billet. De la spéculation pure et simple à l’égard des consommateurs. 

La revente habituelle de billets sans autorisation interdite depuis 2012 

Le marché noir, en tant face cachée du marché officiel, a toujours existé. Déjà en 1919, une loi réprimait la revente de billets pour les pièces de théâtre et les concerts subventionnés par l’Etat à un prix supérieur à leur valeur légale. La lutte de la filière du spectacle contre la revente illicite de billets en ligne est bien évidemment beaucoup plus récente. Elle a pris de l’ampleur lors de l’émergence du e-commerce dans les habitudes de consommation. Période à laquelle s’est développée Viagogo sur le marché français. La revente illicite de billets sur Viagogo nuit à l’image de tout le secteur du live. Et pour cause, le prix de revente largement au-dessus de la valeur initiale ou la non-validité du billet – s’il a en réalité été revendu à plusieurs clients – sont autant d’anomalies sur lesquelles les clients ne manquent pas d’exprimer leur mécontentement notamment sur les réseaux sociaux. Des reproches légitimes, mais qui pourraient également être adressés aux producteurs, aux organisateurs de festivals ou encore aux artistes eux-mêmes. « Avec la prolifération du marché noir, il y a une atteinte portée à l’image des producteurs et globalement à toute la filière » commente Malika Séguineau, Directrice Générale du PRODISS. La réponse des pouvoirs publics, devant l’insistance des professionnels représentés au sein du PRODISS, ne s’était pas faite attente à l’époque. La revente de billets pour « une manifestation culturelle ou un spectacle vivant », « de manière habituelle et sans l’autorisation du producteur » est interdite depuis la loi du 12 mars 2012, venue modifier l’article 313-6-2 du Code Pénal. Et dans la foulée d’une victoire symbolique pour l’industrie de la musique enregistrée avec la fermeture du site de piratage le plus célèbre au monde en 2012 aux Etats-Unis, la filière du spectacle se félicitait des premières condamnations symboliques en matière de revente illicite de billets. En 2012 le gérant de l’une des premières plateformes du genre était condamné pour la revente de billets de nombreux concerts sans autorisation des producteurs. La même année la société éditrice du site Viagogo était condamnée en appel pour la revente de billets pour le festival Les Vieilles Charrues. D’autres condamnations sont intervenues depuis, au civil en 2013 ou encore au pénal en 2017, vis-à-vis de plateformes similaires et / ou de leurs gérants. 

Des marges difficiles à estimer en France

Article exclusif réservé aux abonnés

Connectez-vous

ou Abonnez-vous en ligne

15 euros par mois sans engagement

 

CULTUREBIZ, l'actualité business de la Culture à 360° Offre d'informations exclusive, sélective et objective réservée aux décideurs et professionnels.

Plus d'infos : http://culturebiz.fr/a-propos/