Jérôme Tréhorel – Vieilles Charrues : « Le festival est un projet culturel et un acteur du développement économique du territoire »

La combinaison opérée entre un grand format et un caractère accessible, une programmation de têtes d’affiche et de nombreux nouveaux talents, et surtout entre une dimension économique et une forte contribution à l’économie locale sont autant de paramètres qui font des Vieilles Charrues un festival exemplaire. Et parce qu’il est le plus populaire dans tous les sens du terme et qu’il compte le rester, le festival s’évertue à évoluer et à se moderniser en toute cohérence avec son histoire et avec les exigences du secteur. Entretien avec Jérôme Tréhorel, son Directeur Général.

CULTUREBIZ : La fréquentation dans les festivals a représenté 25% des entrées payantes et 21% de la billetterie des spectacles musique et variété en 2017 d’après les chiffres de la diffusion publiés par le Centre National des Variétés en septembre dernier. La richesse de l’offre des festivals est unanimement et reconnue tant au sein de la filière musicale que par les acteurs politiques. Quelles sont les sources et composantes de cette popularité croissante et de quoi se compose l’ADN des Vieilles Charrues ?

Jérôme Tréhorel : Les publics apprécient ce type de propositions visant à enchaîner plusieurs concerts dans un cadre atypique, que ce soit pour voir leurs artistes préférés comme pour découvrir de nouveaux artistes. Les français ont besoin de se rassembler autour de moments forts et les festivals de toute configuration permettent de vivre des émotions uniques. Le prix des billets des festivals de musiques actuelles est aussi un levier pour leur attractivité. Nous avons une politique visant à proposer des billets au tarif le plus abordable possible : ce dernier est stable à 44 euros la journée depuis cinq ans maintenant. Les Vieilles Charrues c’est plus qu’un festival, c’est une expérience unique. C’est un projet culturel avec une programmation éclectique, exigeante, multigénérationnelle, multiculturelle, avec l’objectif d’être la plus belle photographie de l’année. La scénographie du lieu, la décoration, ou encore les propositions artistiques hors scène sont des aspects qui ont beaucoup été travaillés récemment. Depuis le début nous organisons le festival avec cette même philosophie et nous travaillons constamment pour renforcer l’expérience et l’accueil des festivaliers. La gestion des accès et de la circulation dans l’enceinte du festival comme la prise en compte et l’anticipation des menaces existantes pour rassurer les publics ont été renforcées. Tous ces éléments sont indispensables pour permettre à tous de passer un moment de fête et de partage autour de la musique.

Les Vieilles Charrues c’est aussi un projet de territoire. Nous travaillons avec des fournisseurs et producteurs locaux, avec des associations de la région, afin de trouver tout le nécessaire pour monter le festival autour de la ville et la région. Le festival est un acteur économique important sur le territoire, mais contribue également au développement de l’économie et du territoire. Et nous sommes une association loi 1901 à but non-lucratif.

Sur le plan de l’emploi le festival représente 60 équivalents à temps plein et nous sommes 15 permanents. Les premiers CDD, techniciens et intermittents nous rejoignent très tôt : nous sommes une vingtaine en janvier, puis une quarantaine au printemps et avant le début du montage nous sommes 70 dans les bureaux.

Au moment du montage et du festival des Vieilles Charrues, ce sont entre 2 000 et 2 500 personnels sur site dont plus de 1 500 salariés via des prestataires, et plus de 700 fiches de paie émises par le festival sur cette période.

« Les dépenses artistiques sont passées de 1,7 à 4,5 millions d’euros en 10 ans »

Le budget du festival est passé de 13 à 17 millions d’euros en trois ans. Pouvez-vous préciser les marqueurs d’évolutions des sources de financement et des postes de dépenses du modèle économique du festival ?

Une autre particularité des Vieilles Charrues est de ne pas bénéficier de subventions. Le budget du festival se compose à 80% de recettes grâce aux festivaliers et 20% grâce aux partenaires et mécènes. L’an dernier, lors de la mise en vente des billets nous avons vendu 120 000 en deux heures, un record. Sur la partie sponsoring, nous avons quatre segments que sont les « parrains », « partenaires officiels », « partenaires » et « soutiens ». Le ticket d’entrée pour ces segments démarre à 10 000 euros et augmente progressivement jusqu’à plus de 100 000 euros. Au total ce sont plus de 200 entreprises, en majorité locale, qui nous accompagnent et à qui nous offrons des prestations et services sur mesure. Il s’agit certes de générer des revenus supplémentaires pour le festival et sa pérennité mais aussi de transformer une partie du festival en un lieu de rencontre entre les acteurs économiques. Ces ressources nous servent prioritairement à maintenir le prix de billets.

La hausse du budget des Vieilles Charrues s’explique notamment par l’évolution des dépenses artistiques qui sont passées de 1,7 à 4,5 millions d’euros en 10 ans. Au-delà de l’augmentation des cachets d’artistes, l’agrandissement et l’amélioration des éléments d’aménagement et de décoration ont engendré des coûts de production supplémentaires qu’il fallait pouvoir absorber. En parallèle, les coûts sécuritaires qui ont augmenté de plus de 300 000 euros suite aux attentats de 2015 pour atteindre aujourd’hui 1,3M d’euros. Le budget devrait se stabiliser sur la partie production, l’idée sera ensuite de faire de faire des aménagements pour avoir un site qui se monte plus rapidement. Mais la variable sera sur l’artistique. On voit que les cachets continuent d’augmenter, et il y a une concurrence de plus en plus offensive. Nous ne voulons pas augmenter le prix des billets pour continuer de proposer une expérience aux festivaliers abordable. S’il faut augmenter le budget pour répondre aux augmentations des postes de dépenses alors nous développerons encore le sponsoring.

Qu’est ce qui explique l’augmentation des cachets d’artistes de votre point de vue ?

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