François Aymé – AFCAE : « Il y a beaucoup plus à perdre qu’à gagner en réduisant la fenêtre salle »

L’année 2018 est attendue comme celle de la nouvelle chronologie des médias. CULTUREBIZ poursuit sa série de contenus exclusifs sur le dossier avec l’interview de François Aymé, Directeur du cinéma Jean Eustache de Pessac. Le Président de l’Association Française des Cinémas Art et Essai (AFCAE) exprime la position des exploitants du label sur les différentes propositions et orientations formulées dans les discussions. Une approche loin des points de consensus connus, mais non sans importance puisque proche de celle de la Fédération Nationale des Cinémas Français.

CULTUREBIZ : Les approches et priorités des maillons de la chaine sur la réforme de la chronologie des médias sont multiples. Comment se positionnent les exploitants de l’AFCAE ?

François Aymé : Nous avons une appréhension globale de la chronologie des médias parce que c’est un problème global. L’on ne peut pas se focaliser sur un aspect sans regarder les autres. Nous pensons que le problème n’est pas sur la salle et les fenêtres d’après, mais plutôt sur la cohérence entre la fenêtre de la VOD, celle de Canal Plus et celles des autres chaines. La priorité est donc, de notre point de vue, de diminuer les temps de latence qui sont trop longs entre les fenêtres. Il y a une tendance globale dans l’appréciation de certains acteurs qui ne prend pas en compte le rapport au désir du spectateur.

Pouvez-vous expliquer la lecture que vous faites de ce rapport au désir des spectateurs, peu évoqué dans les discussions sur la chronologie des médias ?

Il faut comprendre que le spectateur va regarder un film avant tout s’il a envie de le voir. Or dans la perception majoritaire au sein de la filière, ce désir est permanent et il faut un continuum sur la disponibilité des films. La vision dominante est de dire qu’un film comme ‘Jalouse’ avec Karine Viard sorti en novembre dernier doit être tout le temps disponible et que c’est comme ça qu’on va maximiser la rentabilité du film. Je n’en suis pas du tout convaincu. Le désir de voir un film est un sentiment qui se fabrique, qui s’émousse et peut à nouveau se fabriquer. S’il n’y a plus de temps de latence entre chaque fenêtre – c’est en gros ce qu’on nous prépare – ce qui risque de se passer, c’est que le désir ne soit plus là.

« Le risque qu’on prend c’est que l’engouement pour les films soit affaibli parce que les films seront toujours disponibles »

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